Versus| janvier-février 2005


Chronique p114
Olen’K : Silently noisy - Cold Meat Industry
Que le style gothique musicalement parlant soit moribond serait un pléonasme et un jeu de mot bien piteux. Pourtant force est de constater que les sorties existantes du genre ne sont pas légion, beaucoup de groupes s’évertuant à répéter benoîtement ce que leurs maîtres faisaient à la perfection 15 ans plus tôt. Le corbac se jettera donc avec avidité sur les trop rares perles du genre. Et Silently noisy est de celle-là, qu’on se le dise. Sidérant de maîtrise (oserons-nous le "maturité" puisqu’il s’agit d’un premier album ?) et époustouflant de grâce. Ayant assimilé les ingrédients de la coldwave (basse grave, batterie martiale, mélopées aériennes, nappes de synthés en mode mineur, etc), Olen’K les distille avec une finesse exquise sur ses onze compositions et y ajoute sa touche ethno-electro (voir "Ego", "Delhi" ou le langoureux "Insomnia" qui rappellera le Dead Can Dance de la période The Serpent’s Eggs). Les morceaux ne répondent néanmoins pas à une recette pré-établie et immuable. Les ambiances évoluent tout en restant dans des contrés certes sombre : on passera du déchirant "She’s dead", épuré et glaçant, au tout aussi fragile mais orientaloafricain "Obscura lua", du lancinant "The bar" au magistral et tantinet Arcan-esque "Silencio". Il n’est d’ailleurs jamais question de surenchère dans le pathos sur cet album du quatuor limougeaud : la noirceur n’y est ni effrayante ni grandiloquente, les deux voix féminines – superbes – sont habitées de gravité mais aussi de pudeur et les morceaux sont délicats sans être précieux. Que les thèmes abordés soient dark et les compositions orientées ne sont que le reflet d’un style qu’Olen’K habille de subtiles trouvailles et transcende brillament. C.F 9/10